Moi j’aime bien les taux immobiliers car je suis propriétaire. Ce dont je n’aime pas parler ? Tout ce qui a rapport avec les VMC collectives. Il le sait Tibo, tout ce qui tourne autour des VMC collectives, je galère. Je n’aime pas non plus tout ce qui est billetterie digitale. La billetterie sans guichet, mais j’en parle des heures parce que ça me fait chier. J’aime pas en parler mais je suis obligé.
Je n’y connais rien mais ça ne me dérangerait pas. Je n’aime pas non plus parler de foot, je n’y connais rien. J’ai regardé un match pour la première fois il y a un an et demi. Je n’aime pas parler de choses à prévoir, ce qu’on va faire en vacances etc. Bizarrement je n’aime pas trop parler de rap avec certaines personnes. Ça dépend des gens, avec certains je déteste parler des trucs que j’aime. Je déteste parler de rap, de musique, cinéma ou livres avec certaines personnes.
Mon psy me pose la même question (rires). On est en train de creuser, il m’a dit qu’on avait fait 10 à 13 pour cent de la question. Qui te dit qui je suis un homme ? J’ai compris que mes meilleures années sont passées, une fois que tu passes les 27 ans… Je suis le père de quelqu’un et le fils de quelqu’un.
Quand tu as 20 ans, tu as l’impression que l’avenir sera dans longtemps, tu as le temps de le préparer. Mon présent actuel c’était mon ancien avenir de quand j’avais 20 ans. Ça va vite… regarde les cryptomonnaies, l’IA… tu sens que tu es déconnecté. Tu sens que quand tu es parent, que tu as un métier etc, il suffit que tu clignes des yeux 2 ou 3 fois et tu es déconnecté du monde, contrairement à un jeune de 15 ans qui a les deux pieds dedans. Il faut accepter d’être déconnecté et ça peut faire du bien. On commence à faire partie du passé.
J’utilise énormément, pour faire des mails administratifs et des questions cons de la vie de tous les jours, ma VMC qui déconne, greffes de peau, tout… dès que j’ai une question d’ordre administratif, juridique. Pour les trucs culturels c’est pas encore précis. Je fais des ateliers d’écriture, ça peut me servir. Ou par exemple mon fils fait de l’espagnol, moi je ne parle pas espagnol. Alors je demande à l’IA de me faire des exercices pour un enfant de 6ème etc. Je trouve ça incroyable l’IA mais je m’en sers comme une béquille. Je ne l’utilise pas du tout à des fins musicales. Mais l’IA est tellement parfaite que l’erreur humaine devient magnifique. Tu vois par exemple Miki, qui est une artiste complètement construite par l’industrie musicale. Le côté DIY, je me filme devant le Bufalo Grill avec mon téléphone etc. Avec l’IA, l’artisanat en devient plus impressionnant. Tu regardes des clips ?
Plus personne ne regarde de clip.
Aide moi Tibo. J’aime bien les clips ultra simples, sans fioriture. Par exemple je ne suis pas impressionné par les clips de PNL. Je ne suis pas très fan des clips très mis en scène, j’aime bien quand les clips sont bruts. Celui de Micky au Bufalo Grill j’aime bien, je le trouve super. C’est beaucoup d’argent pour la promotion de ça, mais ils font croire qu’elle est arrivée comme ça, le tour de magie est fabuleux.
Tibo : Wu-Tang ont fait des clips avec des dinosaures quand même…
Non j’aime pas ces clips là, ça me parle pas. Je préfère le premier clip du Wu-Tang « protect your neck ». « halftime » de Nas j’aime bien, j’avais été à l’endroit du tournage. Mais c’est plus la chanson que le clip qui va te marquer. Je ne me suis jamais pris une baffe par un clip, moi je veux de la chanson. Il y a eu plus de clips supers dans le rock que dans le rap.
Par exemple, là on est intermittents du spectacle, on vit de la musique mais on n’est pas Kendrick et Dj Mustard. Il y a une défaite, on est quand même chez France Travail (rires). La défaite est là mais elle est grandiose quand même. Ça dépend où tu mets ton curseur.
C’est par rapport à la norme, c’est toujours cette norme. Il faut réussir dans les études, faire ceci, tu vois, comme disait mon père. Vis-à-vis de lui, bon il n’est plus là, mais ça serait un échec total, mais cet échec peut être magnifique car je peux m’épanouir dedans. On est heureux, la défaite est belle.
Mon jazzman préféré est Wayne Shorter. C’est plus dans l’esprit que dans la lettre que j’aime le jazz. Il y a de grands jazzmen et bluesmen, comme Robert Johnson par exemple, qui ne savaient pas lire la musique. Les rappeurs c’est un peu ça aussi, c’est de la bidouille. Il y a cette analogie. C’est de la musique non-savante mais avec beaucoup de science. 90 pour cent de ce qu’on écoute vient du blues et du jazz. Rap, rock, électro etc.
Plutôt à partir de l’album « apaches » je dirais. J’aime vraiment énormément le rock britannique et psyché des années 1960 et 70. Quoique Ray Manzarek des Doors est incroyable, ce n’est pas un groupe anglais. Toute cette période est incroyable.
Il est incroyable…sans basse. Il n’y a pas de basse.
C’est un des plus grands morceaux de tous les temps. C’est incroyable. Tiens attends, je vais te faire écouter un truc, tu me dis si tu reconnais.
Tiens je reçois un message de la BNP.
Non (rires) !
Dans mon cas oui. Je suis depuis très longtemps avec ma chère et tendre. Heureusement qu’elle était là. Elles ont la tête sur les épaules. Moi de ce que je connais, ma mère, mes sœurs, mes belles sœurs, les femmes de mes copains, ma femme. Celles que je connais, dans la très grande majorité des cas, ce sont elles qui portent le côté mature de la relation. Elles ont été une digue pour moi, qui était un peu fou fou. Tu as l’impression que ça t’enferme mais ça te permet d’arriver là en 2026 sans être trop abimé, avec des compromis forcément mais qui permettent de survivre, j’en suis heureux. Ça m’a permis des rester là, en vie, en bonne santé. J’aurais pu vite ne pas faire grand-chose, ne pas aller au bout. Je ne regrette pas.
De moins en moins je pense. Tu sais c’est le propre du rap.
Littéraires pas tant que ça… je suis jeune lecteur. J’aime une certaine littérature. J’aime bien les vieux polars. Donald Goines etc… Iceberg Slim. « Numéro deux » de David Foenkinos par exemple je trouve que c’est un livre incroyable. C’est une histoire vraie, c’est incroyable, je crois qu’ils vont l’adapter au cinéma. En Angleterre, ils ont fait un casting pour les films Harry Potter, le livre raconte l’histoire du mec qui est arrivé numéro deux et qui n’a pas été pris pour jouer le rôle.
Ah non là ça l’a détruit, il plonge. C’est un super bouquin. Tu te rends compte, c’est pas comme si tu avais loupé un emploi à la mairie. J’aime aussi les romans graphiques. Ma chérie est une grosse lectrice. On a beaucoup de livres. J’aime bien aussi Karim Madani et Soufyan Heutte qui est un ami.
La flemme… il faut être très technique mais en même temps c’est très binaire. Ils peuvent attaquer n’importe quel pays pour n’importe quoi. Pourquoi pas la Corée du Nord, le Soudan, l’Egypte, l’Arabie Saoudite… en préventif. Par prévention la Corée du Nord pourrait attaquer le Japon ! Bref. On est vraiment dans la loi du plus fort, pourquoi Trump veut prendre le Groënland ? Parce qu’il peut, c’est tout simplement ça, c’est parce qu’il peut, donc il faut. Ce n’est pas pour défendre qui que ce soit. Ils mentent sur la raison. Ils n’en ont rien à foutre du peuple iranien, ils en ont rien à battre ! On connaît l’histoire, c’est fatiguant.
Non, justement je disais que l’auditeur ne devait plus prendre de posture. L’auditeur veut exister. Regarde, je suis auditeur, je reçois, je ne suis pas un critique. Je vais au cinéma, je suis spectateur, j’en parle avec mes copains point barre, mais je ne vais pas exister par rapport à ça. Les mecs qui font des premières écoutes et qui disent « moi je n’aurais pas fait comme ça », non, tu fermes ta gueule, tu écoutes. Même moi je ferme ma gueule. Quand c’est bon j’en parle à mon pote c’est tout. Tout le monde surréagit, tout est faux. Tout manque de nuance, ils veulent tellement exister qu’ils manquent de nuance, c’est dans la surréaction. C’est ça que je voulais dire. Tout est un jeu, une œuvre est presque un prétexte pour exister et balancer des tics de langage et de mimiques. On ne parle plus du tout du fond d’un film ou d’un disque. C’est nul. C’est que du bla bla pour faire réagir. C’est horrible. C’est cette culture du vide et de la posture que je n’aime pas. Mais il y en a plein, non. Ferme ta grande gueule. Tu ouvres Instagram et y’a plein de trucs qui viennent à toi… c’est infernal. Les gens ne commencent pas à être fatigués ? De ce vide et de vouloir exister dans ce vide ? C’est épuisant. Tu ne peux rien faire sans qu’il y ait des conneries tout le temps, je trouve ça épuisant. C’est mieux d’écouter un disque et de lire.
Avec plaisir. J’aime bien les question marrantes… si tu étais une maladie ?
La maladie d’amour (rires). L’hypocondrie.
(rires) Ah bah Aldes.
Je ne serais pas Sameer Ahmad. Je pense que je serai un des deux rappeur d’ « un amour suprême », Jovontae ou Ezekiel.
Peut-être Devin The Dude. Il a traversé le temps en faisant toujours ce qu’il a voulu, sans être redondant. Ou Bones sinon.
Pumashan. Il fait plein de prods sur mon album.
Soit Melville, sa façon de filmer la France. Soit Kobayashi, celui qui a fait Hara-Kiri.
Donald Goines.
Là actuellement. Une cabane où il neige partout ou alors un temple au Tibet, pendant 2 mois. Avec un peu à manger et à boire et tu te reposes. Et tu regardes.
Ma femme. Ah non parce qu’il aurait fallu que je me supporte. Peut-être Rachel Weisz, mais non… Ou Frida Khalo… mais ce sont des femmes que j’aime bien, je serais une femme lambda.
Propos recueillis par Anewway Jones, le 5 mars 2026 à Grenoble
Droits photos: Sameer Ahmad