Qui suis-je ? C’est une question à grand angle…
Je crois que tout d’abord je suis Jean-Baptiste, j’ai 31 ans. J’ai la chance d’avoir des parents qui m’aiment. Je suis une singularité, comme tout le monde, qui essaie d’avancer dans la vie, en essayant de ne pas se faire avoir par des bâtons dans les roues. Je crois que je ne suis pas plus que ça.
Oui, on s’aime beaucoup, on se voit le plus possible. C’est chouette car ça n’a pas toujours été le cas. C’était assez conflictuel avec mon père quand j’étais plus jeune mais maintenant ça va nettement mieux.
Non pas du tout. La musique me vient surtout de mon cousin, qui est le premier à m’avoir mis le pied à l’étrier et montrer que c’était plus qu’intéressant et qu’on pouvait ressentir des choses grâce à elle. A l’époque mon cousin était un peu mon exemple car j’ai un frère mais qui n’a pas forcément joué son rôle, même pas encore aujourd’hui d’ailleurs. Ça peut être noté ça, si il le lit un jour c’est une bonne chose. Donc avec mon cousin on écoutait beaucoup de rock japonais, c’était ma première lubie d’un mec qui veut tout connaître d’un style de musique. Ensuite c’était surtout du métal, le rap en général est arrivé très tard. C’était peut-être une conséquence car j’ai toujours écrit et un jour avec Walt (l’autre membre de Mahora) on s’est mis au rap. On s’influençait beaucoup tous les deux à l’époque.
Non je n’en ai pas vraiment fait. J’en ai plus écouté. Et pas mal de rock en général. Je me suis racheté une guitare il n’y a pas longtemps. C’est important car dans le rap on ne joue pas d’instruments… c’est un peu bête à dire mais tu n’es pas vraiment musicien quand tu es rappeur en fait je trouve.
C’est une bonne question. J’ai souvenir avoir beaucoup écouté de Jazzy Bazz, son album « sur la route du 3.14 » que je connaissais par cœur et que je pourrais encore te rapper tous les textes de mémoire. Dans la quête de textes et de la musicalité que je voulais faire, j’ai très rapidement rejeté la moindre influence. A la rigueur je garde celles de mon crew et de ceux avec qui je rappe. C’est surtout ça mon influence. A l’époque il y avait quand même Guizmo beaucoup, c’est ma génération, le rap des années 2010, quand c’était un peu le retour du old school. Après quand j’ai débarqué à Grenoble et que j’ai rencontré les gars de Opus, Prési en l’occurrence, avec qui j’ai passé énormément de temps, ils m’ont vraiment pris sous leurs ailes… et là j’ai mangé du rap américain, très fort. Tu connais les connaissances qu’ils en ont, ce qui fait que j’ai plus ou moins une bonne culture de rap américain aujourd’hui. Je n’écoute pas vraiment de rap français en fait. Aujourd’hui j’écoute très peu de rap finalement. J’écoute beaucoup de variété française, ces derniers temps c’était Aznavour à fond. Je trouve qu’il y a une puissance là-dedans qu’on ne retrouve que rarement, surtout dans les textes. Je dis toujours que Aznavour est le premier rappeur français, le premier à être sorti de la poésie classique pour flirter avec des instrus, parce que c’est ça finalement. Je trouve d’ailleurs que mon dernier ep a des teintes de variété française, si on peut catégoriser la variété comme étant un style précis… car la variété est très large, elle peut contenir de la pop, du folk, du rock etc. Par exemple dans le 3eme track du ep il y a des violons qui font penser à Joe Dassin…
Le 22 décembre 2025, le jour de mon anniversaire. Comme « cellar door » était sorti le 22 décembre 2018, je suis un peu maniaque… tous mes projets sortiront surement un 22 décembre, si je me rate je ne serais pas bien je pense.
Exactement, qui était déjà parti au Japon, donc on a fait ça par téléphone… c’était peu difficile car là-bas leurs jours sont nos nuits et vice versa… Après, il a été très réceptif, il a fait ce qu’il a pu et je le remercie grandement pour ça, d’avoir coute que coute mener le projet à bien. Il a rendu les prods et les arrangements comme il fallait alors que ce n’était pas simple.
Je ne suis pas certain qu’il soit ambivalent mais c’est ciblé. Dans les morceaux que je fais il y a une teinte assez sombre, ça a toujours été le cas et je l’ai toujours accepté. Mais la vibe principale de ce ep est la nostalgie alors c’est pour ça que c’est un mélange… la nostalgie est un sentiment particulier, ce n’est pas de la tristesse, ni de la joie. C’est une tristesse douce et agréable, elle est ambivalente pour le coup. C’est pour çà qu’il y a une teinte solaire, la cover est aussi selon moi très adaptée, elle est inspirée d’un vieux jeu vidéo auquel je jouais sur Megadrive, « street of rage », pour faire la ville de nuit.
Il y avait certaines instrus que Corben avait déjà faites depuis un certain temps et j’ai juste fouillé dans les stocks qu’on avait. Il y en a d’autres qu’il a peaufinées, comme dans le 2eme track, quand il fait changer la prod d’un coup, coup de génie, tu connais Corben. J’ai toujours accepté ce qu’il m’avait apporté car ça collait. Là où il est fort c’est que même a distance il a su capter l’idée du projet.
Je dirais oui mais pas forcément par rapport au métal. Juste par rapport au fait qu’on écoute plein de choses et qu’on soit pointilleux sur ce qu’on écoute, je pense que ça peut rapprocher un peu mais ce n’est peut-être pas aussi significatif. Si on avait eu plus de temps ensemble peut-être qu’on serait allés plus loin sur certains trucs…
Tout. L’écriture c’est particulier. Il y a plein de moments où je n’écris plus, ça va ça vient. C’est un peu difficile de répondre précisément à cette question. C’est un peu tout le temps et un peu jamais.
Oui, mais que je ne veux pas forcément le laisser transparaitre dans ma musique, j’y fais peu de références, je pourrais mais je ne trouve pas ça intéressant. Pour moi le rap est très sérieux et n’est pas seulement de l’egotrip. J’essaie d’utiliser un Français on ne peut plus correct voire poussé, car j’adore cette langue. C’est une chance inouïe d’être né français, d’avoir le français pour langue maternelle.
Peut-être un mélange de ça, après j’ai de fortes origines italiennes donc on parlait beaucoup italien chez moi, surtout mes grands-parents. Ce sont deux langues que j’aime beaucoup mais le français est à part. Je ne connais pas toutes les langues bien évidemment mais je ne trouve pas d’équivalent aussi riche et beau. Je ne suis pas le seul à dire que la beauté de cette langue est ouf . Elle permet peut-être un peu plus que d’autres d’aller dans les détails pour dire les choses. J’ai toujours aimé lire aussi c’est vrai.
Oui on pourrait dire ça c’est sûr qu’à la base Faust c’est ça… mais j’avais fait une année d’étude d’anglais à Lyon et j’avais un prof de littérature anglaise qui nous avait parler un jour de Thomas Mann qui a écrit Le Docteur Faustus qui parle d’une personne qui a choisi de vendre son âme au diable même si c’est très court dans le récit. Le diable vient ensuite réclamer son du et j’ai trouvé cette histoire fascinante. Aussi grâce à ce professeur qui a su amener les choses d’une bonne manière. J’étais en classe et je me suis dit que j’allais m’appeler comme ça.
Oui complétement. Suffisamment pout me faire tatouer sur la peau certaines choses de l’Egypte. Tu vois ce que j’ai sur le bras c’est la pesée de l’âme. Ils étaient tellement avancés c’est extraordinaire, ça ne peut pas ne pas être fascinant. Si tu t’y intéresse un peu tu ne peux qu’apprécier et vouloir savoir, quand j’étais petit je voulais être égyptologue. Après je me suis rendu compte qu’on ne devenait pas égyptologue juste parce qu’on aime bien l’Egypte. A l’époque j’allais sur Encarta et j’imprimais tout ce que je pouvais sur le sujet.
(rires) Je dirais Champollion bien sûr, après il y a Carter qui a découvert Toutânkhamon mais je ne suis pas assez érudit sur les noms malheureusement… maintenant ce sont les chercheurs égyptiens qui y travaillent et tant mieux car les anglais n’avaient rien à y foutre en réalité…
Pour moi c’est fondamental, j’ai 31 ans et je me suis rendu compte il y a quelques années déjà qu’il y avait beaucoup de choses qui se passaient là-haut et que pour avancer il fallait maitriser tout ça. Il n’y a pas de spiritualité avec un grand S, je mettrais plutôt le S à la fin du mot. Ce sont des façons de percevoir les choses. Sur le papier, je ne suis pas baptisé, même venant d’une famille italienne, mais mon père a voulu me laisser le choix. Je suis à 2 doigts de le faire de moi-même parce que je trouve beaucoup de cohérence dans la religion catholique, je trouve ça très sain si on s’arrête aux concepts de pardon, de partage, d’écoute. Je ne compte pas non plus aller manger l’hostie toutes les semaines. En fait je préfère le mot confession au mot religion, donc quelque chose qui ne regarde que la personne concernée. Je grandis et me rends compte que c’est important de rester sensible, j’ai la chance d’être doté d’empathie donc j’essaie de la conserver. Dans le monde dans lequel on vit on fait tout pour t’empêcher d’être empathique, on te fait croire que si tu l’es tu es faible. C’est fondamental, c’est ce qui caractérise le mieux un être humain, son humanisme.
Tu parles d’outrance et c’est le cas, c’est déjà péjoratif, l’outrance est forcément destructrice. Bien sur c’est que du négatif et de plus en plus, de manière exponentielle. C’est triste que les gens aient besoin d’autres gens qui eux même ont besoin de se montrer. Tous ces miasmes sont tout simplement à gerber. Mais on se retrouve tous emprisonnés là-dedans. Je ne voudrais pas basculer dans le complotisme mais c’est une preuve que tout est décidé pour que nous suivions un schéma qui correspond à ce que des élites veulent. Ce n’est même plus tant être complotiste que de voir ça. Si tu ouvres les yeux tu t’en rends compte. Je pense.
C’est vrai qu’elle est happée, mais par volonté. Avancer ensemble nous va bien. Trop vouloir se démarquer irait dans un sens qui n’est pas le nôtre. Nous avons aussi tous quand même la chance de pouvoir faire des choses en solo, Resca en est la preuve fondamentale. Travailler en équipe nous permet aussi le soutien et débloquer des fonds, c’est nécessaire. Pas tant happée que ça en fait car le temps passe et on a aussi envie de faire des choses seules.
Ouais ! carrément ! ce sont mes rappeurs préférés. Je parlais du fait de ne pas vouloir d’influences mais il y en a une qui existe, c’est celle de mes camarades. On s’est tous ensemble amenés là où on en est aujourd’hui dans le rap.
On trinque à cette interview déjà. C’est difficile, il n’y a pas grand-chose qui donne envie de trinquer, je crois.
Continuer à survivre. Continuer à faire de la musique, ne pas baisser les bras, ne pas me décourager. Avec l’abondance, t’as tendance à te dire que ça ne sert à rien.
Mais c’est moi qui te remercie.