Je suis un artiste grenoblois qui fait de la musique depuis plus de 20 ans, j’ai commencé en 1998 à peu près, voilà. Je suis auteur, rappeur, chanteur, toaster, j’ai commencé dans le reggae ragga. Je suis gémeau ascendant vierge (rires).
Je suis balance en lunaire et j’ai venus en lion (rires). Sinon je suis d’origine franco-italienne, Corato, Grenoble, la Buisserate.
Mon œuvre ? Pas tellement, en tout cas elles m’ont permis de me plonger dans la musique italienne traditionnelle, la musique napolitaine. Je ne sais pas si ça a eu une influence majeure mais ça m’a permis d’aller voir un peu ce qui a été fait dans l’histoire de la musique en Italie. J’ai peut-être eu des inspirations mélodiques sur des vieilles chansons napolitaines et sur la façon assez populaire de faire de la musique et de parler aux gens.
L’Apprenti c’était en premier lieu un moyen de faire un duo de 2 MC’s qui toastaient sur des prods reggae, ragga et dancehall. Il y avait un duo de comédiens algériens. Mon duo de l’époque Ali, éminent claviériste de la scène grenobloise et mon mentor en musique m’avait fait découvrir ça, l’Inspecteur Tahar et l’Apprenti. C’est devenu notre nom. J’aimais bien dans ces films le fait que l’Apprenti ait toujours l’air un peu ahuri et Tahar c’était un peu un Louis de Funès, un mec directif et l’autre plutôt Bourvil mais celui qui arrivait à résoudre les enquêtes c’était l’Apprenti. J’aimais bien ce délire, il n’y avait pas du tout de connotation péjorative pour moi. J’ai gardé ce nom en grandissant car pour moi il y a du sens à rester un apprenti ou en tout cas un apprenant de la vie, dans le fait d’avoir toujours un peu d’enthousiasme, d’émerveillement, de se challenger, de se remettre en question. Il y a toujours des choses à apprendre, que ce soit en musique ou dans la vie, on peut toujours améliorer sa propre personne, envers soi ou envers les autres, envers le monde ou dans la musique et les arts. Et ça faisait un contrepied à tous ces noms de l’époque, Big Machin, Master Machin etc.
Oui je considère ça car ce qui m’a donné envie de faire de la musique c’était à la fois les Fugees qui m’ont débridé sur ce mélange de hip-hop, d’influences jamaïcaines etc. Une sorte de hip-hop hybride. Bob Marley avait déjà bercé mes oreilles dans ma famille. Quand les Fugees ont sorti l’album the score il y avait une reprise de no, woman no cry, ça m’avait marqué et je suis revenu à Bob Marley qui m’a donné envie de faire de la musique. Ce qui fait que j’ai toujours eu à cœur de ne jamais dissocier mon écriture au fait de vouloir transmettre un message pour le monde extérieur, ou pour soi-même, pour s’améliorer soi, se développer, se sentir mieux. Il y a une valeur de message. Je ne sais pas faire de musique légère même si j’adore ça. La musique qui dit « on va rigoler, on va danser » etc, je trouve ça très bien fait, mais dans ma musique je parle des choses qui ne vont pas chez l’humain, ce qui ne va pas dans nos comportements, entre nous, ce qui ne va pas dans la société. Les problèmes sociétaux, les problèmes mondiaux. A chaque fois que je fais de la musique je veux toujours faire passer au moins une idée que je trouve légitime. Parfois j’ai eu besoin de crever mes propres abcès et de vider mon propre sac mais à chaque fois c’est un message qui dit « on est ensemble, on va s’améliorer » ou pointer du doigt les trucs qui déconnent. Ce sont les messages qui guident mon stylo. Je veux transmettre la bienveillance, la solidarité dans les rapports humains, l’ouverture d’esprit pour comprendre le monde et ne pas se faire berner par la grosse machine capitaliste qui nous met tous dans des mécanismes où on perd un peu de notre humanité et de lien.
Tous types de discriminations. On a tous des stéréotypes sur des choses à partir du moment où on ne les connait pas et on discute peu avec les gens. Je trouve que les gens se jugent, ne s’acceptent pas et se discriminent soit par la couleur, les origines, les passions, le travail, les préférences sexuelles, l’argent, qui est un critère de discrimination de ouf. J’en parle dans certaines chansons. C’est un gros problème qui pollue des relations. Ce sont ces problèmes, à mon échelle que je pointe du doigt et qui me touchent.
Je ne sais pas si le rap va faire bouger les lignes. Ça peut faire évoluer les idées certes, moi ça m’a aidé pour mieux comprendre les autres et le monde. Sur le thème de la sexualité c’est vrai que c’est invisibilisé mais petit à petit on perce ces paniers-là. C’est vrai qu’il y a toujours des représentations majoritaires mais je pense que ce n’est pas que dans le rap. Plus de personnes devraient avoir la place pour s’exprimer, je pense que ça va en s’améliorant, par exemple je vois dans des open mics grenoblois que tout le monde s’assume de plus en plus et tout le monde vient sur scène faire de la musique. L’idée d’être viril, hétéro etc n’attend qu’une chose, c’est que ça bouge. La musique est faite pour ça, on n’interdit pas à un gars parce qu’il est gay, de faire du rock, non. C’est pareil pour le rap.
Un petit peu mais pas tant. Elles sont toujours victimes de clichés et de discriminations sur certains trucs. Même dans le public, il y a des mécanismes qui ne sont pas totalement déconstruits, dans certaines réflexions. Que ce soit pour dire en bien ou en mal d’une meuf qui va rapper, parfois parce que c’est une meuf on va se dire qu’elle a des progrès à faire ou au contraire qu’elle rappe trop bien alors que c’est pas ouf. Simplement parce que c’est une femme qui dit ses vérités on va dire que c’est bien, je parle en qualité, pas en profondeur du message. Je ne remets pas en question ce que les gens ont à dire dans leurs textes quand ça touche au perso. Les femmes sont mieux représentées que dans les années 90 mais elles mériteraient de l’être plus.
C’est très riche je trouve. A Grenoble, quand tu as le nez dessus, le vivier d’artistes est incroyable, tous types de sons, hommes, femmes, il y a plein de choses. Aujourd’hui tout le monde a les moyens de communiquer et c’est fou tout ce qu’il y a comme musique à Grenoble, et de qualité. Ça a toujours été une ville musicale, de la techno, au reggae, musique traditionnelle, projets un hybride, rap. Il y a vraiment de quoi faire ici.
Ce n’est pas une ville qui ressort souvent quand on parle de la musique en France. Je ne sais pas si dans l’œil d’autres médias Grenoble est importante en musique, je ne crois pas. Je ne sais pas concernant l’identité musicale, par exemple à l’époque de IAM il y avait une identité de rap marseillais mais on n’avait pas accès à tout ce qui se faisait à Marseille non plus, et il n’y avait pas non plus autant de gens qui faisaient de la musique. IAM était le gros morceau qui représentait le rap marseillais et ensuite la Fonky Family, ça faisait une identité mais on n’avait pas 20.000 points de comparaison. Aujourd’hui tu vois le nombre de sons de qualité, que ça marche ou pas, le nombre qui sort dans chaque ville. Arriver à dire il y a une couleur grenobloise ou une couleur marseillaise… je ne sais pas.
Ce sont les deux côtés du couteau pour moi, ça sert à couper son pain, à chasser à se défendre mais ça sert aussi à tuer des gens. Ça permet d’être son propre community manager, son propre communiquant. Il faut être super présent, certains le gèrent bien. Il y a du négatif et du positif mais j’ai toujours tendance à plus voir le négatif à propos des réseaux. Je vois comment ça presse les gens, comment les artistes se doivent d’être présents. Parfois ça pollue le crâne et ça peut créer une uniformisation. A la fois ça n’a jamais été aussi diversifié car tout le monde peut créer et communiquer dessus mais à la fois ça uniformise les choses, dans la forme tout peut devenir pareil. Il faut faire un visuel accrocheur comme ça etc. Et je trouve que les réseaux ont un peu tué le mystère. Avant quand tu avais un album, tu l’écoutais deux ans, et pendant ce temps tu ne savais pas ce que faisait l’artiste à part quand tu le voyais en concert. Tu ne voyais pas non plus le processus de création , j’aimais bien cette part de mystère et d’un coup un album sortait, tu te faisais plein d’histoires sur comment ils ont composé ça. Ça faisait parler. Maintenant dès les premières phases d’écriture, d’enregistrement et quand ça sort, quand tu es dans en répétition, en tournée, il faut tout poster car il faut être présent pour ne pas être oublié. Aussi ça a permis à des gens de s’assumer et qui se sont révélés très talentueux et tant mieux mais ça a cassé un peu le mystère.
Oui, les petits freestyles radio, en fait j’ai un métier à côté de la musique, je suis animateur radio. J’ai une émission de radio le matin. Je n’avais jamais voulu mêler L’Apprenti à la radio mais courant 2025 je me suis demandais pourquoi ne pas me challenger de faire un freestyle en direct par semaine pendant un petit créneau que j’avais dans l’émission et ça a été accepté donc le concept est d’écrire un texte par semaine pour le rapper en direct chaque vendredi à l’antenne, et garder exactement la version qui a été faîte à l’antenne pour les auditeurs et la reposter, garder un truc authentique. Chaque semaine j’ai une nouvelle prod, je me challenge, j’écris dessus et il faut que je sois chaque vendredi à 8h en direct pour ce freestyle ou ce titre. En général j’aime bien que tout soit préparé, que ce soit pour un concert ou un clip etc, et là c’est vraiment du spontané, je viens de finir d’écrire un texte la veille et je le sors tout de suite. Parfois le titre n’est pas fini mais j’aime bien me mettre dans une posture comme ça. C’est juste une performance live, sans effet, sans retouche. On poste la vidéo telle qu’elle est, et c’est imparfait, mais c’est aussi le but.
Je ne me le suis pas dit comme ça, je ne pense pas.
C’est possible, ça fait un réservoir de créations. Il y en a certains que je suis en train de réenregistrer et de finaliser. Pour revenir sur l’urgence à créer, je veux en fait surtout me concentrer sur l’authenticité. Ce n’est pas grave si on n’est pas beaux, si l’image ou le son ne sont pas nickels. L’urgence est peut-être axée sur la performance live et revenir sur de l’authentique.
Pas de sortie à annoncer, pas de projet ficelé ou décidé mais un réservoir de choses, on verra quelle forme ça prend.
Comme je te disais je viens du reggae, le G.R.O c’est le Grenoble Reggae Orchestra, plein d’amoureux du reggae qui ont décidé par le biais de Stéphane Ploto, un pianiste, de rendre hommage à Bob Marley à l’anniversaire de sa mort en 2011. On a ouvert ça à tout un répertoire reggae et à une grosse jam organisée. Chacun peut venir s’y inscrire en avance et performer des titres classiques de reggae sur scène, on peut aller jusqu’à 100 participants qui se relayent à tous les instruments et voix. Je ne suis pas vraiment membre éminent mais je me suis inscrit il y a longtemps, j’adore ce projet, je ne l’ai pas fondé en tout cas. J’y participe en tant que chanteur et maître de cérémonie pour présenter les soirées.
Alors je ne suis pas quelqu’un qui lit beaucoup, je ne m’y connais pas vraiment en littérature, je ne lis pas plus que ça. Le projet Beaudelaire, c’est par rapport à des amis musiciens qui étaient dans le collectif L’Usine à Jazz. Le compositeur Karim Maurice cherchait quelqu’un pour déclamer les textes de Beaudelaire sur son projet qui est ouf musicalement d’ailleurs. Pour moi Charles Beaudelaire c’était les fleurs du mal mais je ne connaissais que de nom (rires). Ça m’a plongé dedans et encore une fois ça va avec le fait de se challenger et d’être l’Apprenti, de faire d’autres choses artistiquement. On a parlé de moi au compositeur mais même moi je ne me serais peut-être pas proposé. C’est venu à moi, je me suis dit « un big band de ouf, un compositeur de ouf, Charles Beaudelaire, je n’ai jamais lu mais je connais la réputation du personnage », alors essayons… on s’est retrouvé à 22 sur scène avec 3 chanteurs chanteuses.
Peut-être un peu oui, l’appétit à la lecture était déjà venu, certes un peu tard mais ce n’est pas pour autant que je me considère comme quelqu’un qui lit beaucoup. Ça l’a continué un peu peut-être.
(rires) je ne parle pas du tout de Bob Dylan.
Des tonneaux comme tables sur les terrasses (rires), c’est étrange cette question. Je ne sais pas si c’est un fléau mais en fait les jambes ne vont pas dessous, c’est chiant ça. Tu fais bien d’en parler…
Non non pas du tout, peut-être dans toi ce que tu connais de Grenoble quand tu es arrivé et qu’on s’est rencontrés. Mais je ne suis pas un pilier ou pionnier de l’animation radio à Grenoble. J’aime mon job, j’ai rencontré plein de gens grâce à mon job. Avant je n’avais jamais voulu faire de la radio mais j’y ai trouvé une équipe de ouf et j’ai découvert tout ce qu’on pouvait y faire. Allier musique, écriture, rencontres. J’ai une émission quotidienne sur NewsFM, ce n’est pas une émission spécialisée, je suis là d’une manière un peu généraliste disons mais la couleur musicale c’est le hip-hop. Les valeurs qu’elle défend sont les mêmes valeurs que je défends dans mes chansons, la solidarité, l’entraide, pas de discriminations, tu vois. C’est aussi des interviews d’artistes, d’associations, d’acteurs locaux qui font vivre Grenoble mais aussi de l’actualité, des chroniques. On manque un peu de bien-être, il faut briser des barrières là-dessus. Il faut prendre soin de soi, de sa santé physique et mentale donc je me concentre sur des gens inspirants. Partager des bons films, de la bonne musique, parler d’environnement aussi, parler de la nature et du monde animal. C’est un peu tout ce que je suis, c’est facile dans cette radio car ils me donnent carte blanche pour le faire.
Dites-vous « je t’aime » dans le miroir le matin et aimez les autres et peut-être qu’après on fera de belles chose.
Propos recueillis à Grenoble par Aneeway Jones le 8 janvier 2026.
Droits photod: L'Apprenti.